Les Saisons de l'indépendance, par Martin Lessard

Ana Conception DaSalva est la fille du maire de l'île d'Hispaniola. Elle va très bientôt avoir dix-huit ans et sent que ce passage va lui apporter une certaine indépendance. Seulement, les événements à venir vont en décider autrement. En effet, les troupes fédérales ont débarqué non loin du village de Fort Isabella, où elle vit, et vont bientôt menacer la tranquillité de ses habitants. Ceux-ci n'ont le choix qu'entre se résigner à accepter les ordres du pouvoir fédéral, ou se battre. Dans l'un comme dans l'autre des cas, le risque est grand de tout perdre...

illustration de Arnaud Boutle
C'est peu de dire que Martin Lessard est un habitué de ce blog. Avec deux interviews accordées (la première, en trois parties I, II, III et la deuxième) et une troisième chronique (la première, c'est celle de Terre sans mal et la deuxième, celle de Durée d'oscillation variable) que vous êtes en train de lire, on peut presque dire qu'il a ici son rond de serviette. Sauf que ça fait tout de même trois ans maintenant qu'on n'a plus de nouvelles de l'auteur québécois. Littérairement parlant, j'entends... Parce que, comme il est dit dans l'une des interviews citées plus haut, le présent roman était prévu pour courant 2014. Seulement, Ad Astra, la maison d'édition rennaise dirigée (entre autre) par Xavier Dollo, a rencontré quelques difficultés. Ce qui a repoussé de nombreuses sorties, dont celle des Saisons de l'indépendance.

Ainsi, comme vous pouvez vous l'imaginer, mon impatience était grande de découvrir enfin ce nouveau roman de Martin Lessard. Alors, a-t-elle été déçue ?

Pour couper court à ce suspense intolérable, je peux le dire sans ambages, j'ai beaucoup apprécié ma lecture de ce roman.

En effet, le point fort de ce livre est très certainement son personnage principal, Ana DaSalva. On voit les événements dramatiques qui se produisent sur cette planète perdue au fin fond de la galaxie par son point de vue. L'écriture à la première personne renforce l'identification du lecteur à cette jeune fille pleine d'insouciance qui sort tout juste de l'adolescence, mais qui, rattrapée par la guerre (et son cortège d'horreurs), va devenir adulte en moins d'une rotation du soleil de cette planète. Et c'est là l'autre grande idée de ce bouquin. Viton, l'étoile qui donne la vie à la planète occupée par ces humains mais aussi convoitée par les forces fédérales. Viton, soleil aux rotations pour le moins rapides, provoque sur cette planète des cycles de saisons (celles du titre) très rapides. Qui peuvent être mortelles pour qui n'est pas préparé.

Cependant, s'il faut trouver des petits défauts à ce roman, j'en verrais deux. Quelques petites coquilles viennent malheureusement émailler le texte, mais c'est loin d'être rédhibitoire. Parce quand on voit certaines publications de maisons d'édition beaucoup plus grosses qu'Ad Astra publier des bouquins bourrés de fautes et de coquilles (je ne citerai pas de nom), la petite maison rennaise n'a pas à rougir de la comparaison. Malgré ces tous petits défauts, le boulot qu'elle réalise est formidable. Le deuxième petit soucis relève du fond. En effet, on parle beaucoup dans ce roman et les scènes d'action tardent à pointer le bout de leur nez. Et quand elles arrivent, enfin, elles semblent expédiées trop vite. Personnellement, cela ne m'a pas trop gêné tant les dialogues sont parfaitement bien écrits, dans une langue aux expressions qui sentent bon le Québec, apportant encore plus d'exotisme à ce planet opera. Mais j'imagine tout à fait le lecteur qui se plonge dans ce livre en espérant un récit où une action chasse l'autre. Je pense qu'il sera déçu...

Si ces deux petits bémols n'ont pas été un frein à ma lecture (bien au contraire !), il m'a semblé important de les signaler. Et que le lecteur de cette chronique ne s'y méprenne pas, j'ai beaucoup aimé ce roman. Grâce à une plume très fluide, Martin Lessard sait captiver son lecteur de bout en bout (j'ai trouvé la fin un poil expéditive, mais en refermant Les Saisons de l'indépendance, je me suis dit qu'il faudrait que j'y revienne). Par rapport à son premier roman, Terre sans mal (qui pêchait parfois par une certaine naïveté), on sent que Martin Lessard a acquis depuis une certaine maturité. On attend déjà le prochain livre de l'auteur québécois avec une grande impatience.

note : III

A.C. de Haenne



Commentaires

  1. Je le note malgré les bémols que tu soulignes/ Merci de ta critique.

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    1. Les bémols sont légers, quand même. Et j'espère juste qu'il ne fera pas fuir un lecteur potentiel parce que ce roman mérite au moins la découverte.

      A.C.

      (et merci pour ton passage)

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  2. Pourquoi penses-tu que le lecteur fuira un roman en raison de quelques bémols. AU contraire, je dirai. Nous savons que les livres sont rarement parfait, et il vaut meiux aborder une lecture qui nous fait envie sachant à l'avance qu'il y a des points qui seront pas supers.

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    1. Oui, et comme je le dis, ce n'est pas du tout rédhibitoire.

      A.C.

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  3. Je le note aussi... je fais une pause dans le Space Op pour le moment mais à l'occasion. ;-)

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    1. Ca tombe bien, c'est plutôt du planet opera ! ;-)

      A.C.

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